Vendredi 15 mai nous avons publié notre offre de rachat de SFR pour la valeur qui est à nos yeux celle de l’entreprise : 1 euro.
Alexandre Boero, journailste reporter, responsable de l’actualité chez Clubic, nous a posé quelques questions à ce sujet, et elles nous ont donné l’opportunité de mieux étoffer notre propos sur ce thème. Clubic a publié une interview avec plusieurs citations tirées de nos réponses, et nous sommes reconnaissants pour la place qui nous a été accordée : https://www.franciliens.net/2026/05/franciliens-net-fait-une-offre-de-rachat-de-sfr/
Dans cet article nous republions les questions qui nous ont été adressée et l’intégralité de nos réponses.
Vous citez plusieurs victoires juridiques aux côtés de La Quadrature du Net. Est-ce que cette offre à 1 euro pourrait un jour se transformer en recours juridique, si les autorités de concurrence approuvent le rachat par le trio sans conditions sociales suffisantes ?
Franciliens.net est un FAI citoyen. Nos membres fondateurs en 2010 ont été mus par la conscience que dans l’environnement socio-technologique actuel la connexion à Internet était devenu un outil nécessaire pour permettre que deviennent réalité des droits fondamentaux tels que le droit à l’information, à la libre expression.
Nous débarasser de l’impératif de la rentabilité financière a été pour nous le préalable fondamental pour notre pari : prendre en charge à la fois le fait technique de la connexion à Internet, mais sans oublier ses implications sociales. Traditionnellement notre attention s’est surtout focalisée sur les risques que fait peser sur les Internautes la rengaine d’Internet comme zone de non-droit, qui a été particulièrement mise en avant par Nicolas Sarkozy, et qui survit encore dans la discussion publique, alors qu’elle est tout à fait fausse, comme le prouve le nombre de règlementations à ce sujet.
Nous vivons actuellement un nouveau phénomène. Pendant les trois dernières décennies les logiques financières avaient fait aux informaticiennes et informaticiens une place de choix, en utilisant leur travail pour bousculer l’organisation du monde du travail et, par ricochet, de la société. Dans une nouvelle recherche de gains marginaux, portée entre autre par la bulle spéculative autour de l’Intelligence Artificielle générative, c’est maintenant le statut de ces emplois qui est remis en discussion, y compris chez les opérateurs télécoms (Clubic en faisait état il y a trois ans).
Prenant conscience de ces dynamiques à l’oeuvre, notre prise de position en faveur des salariées et salariés de SFR représente un prolongement de nos engagements, une prise de position qui est à la fois nouvelle et pourtant dans la droite ligne de celles que nous défendons depuis notre création. Ce n’est pas l’actionnaire de SFR qui permet de faire face aux besoins des utilisateurs, de les satisfaire, de garantir le chiffre d’affaire de l’entreprise, mais ses travailleuses et ses travailleurs qui mobilisent leurs compétences et leurs savoirs : ces savoirs sont au centre de nos préoccupations depuis le préambule de nos statuts qui affirment que nous voulons « accroître [nos] connaissances en prenant en charge [nos] propres besoins ».
Pour toutes ces raisons, nous considérons que notre offre est la plus pertinente et si elle ne devait pas être prise en compte à sa juste valeur, nous évaluons tous les recours à notre disposition.
Nous pourrons porter des recours sur les sujets de concurrence, même si nous savons d’ores et déjà que ce serait nous engager dans une bataille où les règles jouent contre nous. En effet de notre point de vue, les Autorités Administratives Indépendantes en général et, dans ce cas l’Autorité de la Concurrence, trop souvent portent sur les dossiers un regard qui croit faire primer l’intérêt général en penchant du côté de l’acteur qui peut mobiliser le plus de capitaux.
Toutefois, à ce sujet, dès aujourd’hui, nous l’affirmons : gare à celles et ceux qui croiraient qu’un rachat de SFR au prix fort, serait-ce par des entreprises à très forte capitalisation, pourrait mieux garantir les emplois, les services et les conditions d’ouverture du marché qui, eux, représentent l’intérêt général ! Leurs présupposés idéologiques seront démentis. mais le coût de leur erreur pèsera sur les organismes de protection sociale, sur les particuliers qui verront le prix de leurs services augmenter, sur les acteurs économiques qui feront face à un marche moins concurrentiel.
Notre domaine d’expertise est celui de l’Internet notamment sous ses facettes économiques et juridiques, pas le droit du travail ; par ailleurs dans ce domaine nous n’aurions probablement pas d’intérêt à agir.
Le jour même de la publication de notre offre des déclarations des syndicats faisaient état de la quasi-résignation à ce qu’il y « ait de la casse » (article dans Libération), alors que deux jours plus tôt d’autres témoignaient de l’urgence et de la souffrance que cause cette situation d’incertitude prolongée (« Les salariés ne tiendront pas encore 12 ou 18 mois. Ca risque d’exploser en vol » – citation dans La Tribune).
Or, la situation des travailleuses et travailleurs de SFR est suffisamment sérieuse pour éviter le l’instrumentaliser. Notre volonté est de construire une alternative : si des syndicats veulent explorer cette piste avec nous, notre engagement dans ce sens est sincère, plein et entier, sans aucune arrière-pensée financière. L’engagement bénévole depuis plus d’une décennie de celles et ceux qui ont construit Franciliens.net, la non lucrativité de notre structure et nos actions contentieuses en sont les garanties.
Votre texte pointe la « chaîne de sous-traitants excessivement longue » de SFR. Concrètement, qu’est-ce que ça signifie pour les salariés les plus exposés, ceux qui ne sont pas dans les effectifs directs de SFR et qui n’apparaissent dans aucun plan social ?
Le déploiement du réseau téléphonique avait abouti à la mise en place d’une infrastructure unique qui a été mise à disposition des différents fournisseurs d’accès à Internet. Les choix d’aménagement numérique qui ont été fait dans le cadre du déploiement de la fibre ont été dans une autre direction, en favorisant la libre initiative des acteurs. Il existe certes des arguments en faveur de ce choix, mais nous ne pouvons que constater les zones d’ombres qui en résultent.
Dans les zones les moins intéressantes sur le plan commercial le déploiement a été tardif. En zone peu dense, des collectivités locales se sont trouvées, face aux besoins des habitants et au désintérêt des opérateurs, contraintes d’investir financièrement pour sortir de l’impasse, via les Réseaux d’Initiative Publique : le travail d’analyse, auquel nous avons participé, du Groupe FTTH de la Fédération FDN, avait permis d’identifier le risque que, en quelques sorte, les opérateurs fassent financer leur déploiement par la collectivité, et que celui-ci s’est concrétisé dans plusieurs cas. C’est justement dans ce cadre que nous avions pris des actions en justice contre le RIP de SFR dans le Loiret qui ne respectait pas la règlementation en termes d’offres et d’ouverture à la concurrence. Le réseau fibre des Hauts-de-Seine, Sequalum, a également été un exemple de dysfonctionnements, lors de sa gestion par le groupe SFR.
Nous ne voulons pas donner l’impression que les réseaux fibre gérés par SFR sont les seuls dans lesquels des situations problématiques se sont vérifiées, mais il se trouve qu’un autre de ceux-ci, Débitex Télécom sur la Seine-Saint-Denis et le Val d’Oise, a défrayé la chronique à cause des problèmes de connexion récurrents pour les utilisateurs. Des raccordements fibre mal faits car dans la précipitations et qui avaient transformé les armoires du réseau en véritables spaghettis où il devenait impossible d’intervenir sans causer des dommages collatéraux. C’est ce genre de situations dont il était question dans une reportage d’Interception, sur France Inter, au sujet des « ratés de la fibre ». La cause de ce genre de situations est limpide : les fournisseurs d’accès à Internet ne prennent pas en charge les opérations de raccordements à Internet directement, mais délèguent ça à des sous-traitants. Qui le délèguent à leur tour, avec des cascades parfois de plus de 5 niveaux ! Dans ces conditions, le sous-traitant final est privé de toute capacité de négocation et effectue le travail avec une rémunération infime, tout à fait inadaptée, et qui l’oblige, pour avoir un peu d’espoir de gagner sa vie, à tenir des cadences incompatibles avec un travail bien fait. Ces ratés de la fibre ne sont pas un cas à la marge, une erreur, mais l’aboutissement ultime de la logique de marché et rentabilité qui guide ces acteurs.
Face à ce genre de situations, à la mobilisation citoyenne, des élues et élus, des engagements ont été pris par les principaux FAI, mais ils sont à la marge et ne remettent pas en cause la stratégie de la sous-traitance qui laisse la capacité de négociation dans les mains des gros opérateurs. La vente à la découpe de SFR et sa réintégration entre les trois candidats acheteurs sera une nouvelle étape de cette mise en concurrence : en continuité avec les logiques que nous voyons à l’oeuvre actuellement et en conséquence aux sous-traitants sera laissé le choix entre une guerre des prix ou essayer d’intégrer les rangs des sous-traitants du repreneur, et il n’y aura probablement pas de place pour tout le monde.
Prenant appui sur les statistiques, certains politiques ont peint le portrait d’une France où la génération actuelle abandonne majoritairement le département de naissance pour faire sa vie ailleurs. Nous devenons ainsi une population nomade qui s’installe dans le pays à des endroits différents des réseaux et en fonction de ceux-ci : les réseaux de transport (autoroutier, ferroviaire), tout comme le réseau électrique et le réseau hydrique. Le réseau télécom fait partie de ceux-ci et, comme le disait Benjamin Bayart, déjà président de la Fédération FDN, dont nous sommes membre fondateur, aujourd’hui la connection internet dans une maison est devenu un pré-requis comme l’était le raccodement au réseau d’eau dans les années 1960. Nous devons donc prendre en considération le réseau de télécommunications dans le nombre de ceux qui constituent la colonne vertebrale de notre pays et y porter la même attention. Et nous ne pouvons pas accepter que, juste parce qu’il est le dernier venu, celui-ci soit entièrement livré à des logiques néolibérales. Ce serait inique pour les travailleuses et travailleurs qui assurent le travail, dur, de le construire, et les vices dont ce fonctionnement est porteur seront subi par nos concitoyennes et nos concitoyens. C’est un enjeu qui nous importe aussi bien dans le cadre du sort de SFR que, plus largement, dans la perspective du débat d’idée entre les projets politiques pour les élections présidentielles de 2027, et nous invitons les partis et les candidats à se pencher sur cette question.
Patrick Drahi a déclaré que la neutralité du net était « une énorme bêtise ». Si SFR passe sous le contrôle d’Orange, Free et Bouygues (trois opérateurs commerciaux classiques), est-ce que vous anticipez une amélioration sur ce point, ou juste un changement de propriétaire sans changement de doctrine ?
Lorsque, en février 2022, dans le cadre d’une commission d’enquête sénatoriale, il dit que la Neutralité du Net est une énorme bêtise, Patrick Drahi est assis aux côté d’Arthur Dreyfuss. Celui-ci, président de la Fédération Française des Télécom, s’est retenu d’atteindre ce même niveau de provocation, mais il n’a pas tenu un propos différent pour autant. Plus, ce syndicat catégoriel a sorti dans la foulée ses propositions pour la période 2022-2027, cherchant ainsi à porter le plaidoyer de Patrick Drahi devant les sénateurs au niveau du débat des élections présidentielles.
Par le biais de l’outrance, l’objectif de cette offensive visait à débloquer de nouvelles opportunités de profit pour les opérateurs. Se sachant acculé par la dette accumulée par sa stratégie financière, Patrick Drahi y avait un intérêt particulièrement pressant (et cela nous permet de porter un regard critique sur la manière dont il s’est servi de la tribune que lui offrait ici la représentation nationale). Cette recherche de profit est cependant partagée par tous les autres membres de la FFT, parmi lesquels se trouvent aussi bien Bouygues qu’Orange. Free, qui cultive une position à part et n’a pas voulu intégrer la FFT, n’a pour autant pas montré un visage différent lors de son bras de fer choquant contre YouTube, bien au contraire.
Ainsi, nous l’affirmons, une fois que les repreneurs auront dépensé des milliards pour le rachat de SFR, au bénéfice d’Altice, aucun changement de doctrine sur la Neutralité du Net et, plus largement, sur le rôle citoyen du FAI, n’aura lieu, et au contraire, la pression financière sur les acteurs qui motive cette recherche de profits supplémentaires ne sera que plus forte.
Dans notre rôle de FAI citoyen, il y a pour nous, chez Franciliens.net, quelque chose de particulièrement excédant à voir des acteurs remettre sans cesse en discussion le cadre législatif qui consacre l’intérêt général, tout ça pour que des entreprises puissent afficher de bons indicateurs financiers.
Votre offre mentionne une évolution de la forme juridique de SFR pour donner une place aux salariés dans la gouvernance. Vous pensez à quoi précisément (une société coopérative, autre chose ?) Et est-ce que c’est réaliste à l’échelle d’un opérateur de plusieurs dizaines de milliers de salariés ?
Les possibilités sont multiples : du cadre français des administrateurs salariés, à la co-gestion allemande jusqu’aux statuts de SCOP ou SCIC, pour ne mentionner que des solutions déjà existantes, qui peuvent être modulées et adaptées, et dont la viabilité est éprouvée par une histoire de plusieurs décennies.
Pour notre part, nous avons des expériences positives : Bruno Spiquel, par exemple, membre fondateur de Franciliens.net, a par la suite participé à créer SCANI, un FAI citoyen dans l’Yonne sous forme de Société Coopérative d’Intérêt Collectif, une SCIC dans laquelle les collectivité locales sont parties prenantes, ainsi que les salariés, bien évidemment. Nous avons suivi le cheminement qui a porté à la naissance de SCANI, aux choix concernant sa forme juridique, nous partageons les mêmes valeurs et la même démarche et nous sommes par ailleurs membre de SCANI, et fier de l’être, tant le travail de cette structure nous semble important.
Toutefois, si nous arrivons avec notre expérience, nous ne sommes pas porteurs d’un projet dans le cadre duquel les salariés et salariées de SFR seraient contraintes de rentrer. Notre offre de rachat est faite pour apporter une nouvelle dimension à cet opérateur, une dimension que l’offre du consortium Bouygues, Free, Orange ne peut pas offrir : une dimension citoyenne, qui prend appui sur deux pieds, l’engagement aux côtés des utilisateurs, et celui avec les travailleurs et travailleuses. Cela ne se construit pas avec des choix imposés d’en haut, mais avec l’écoute et l’intelligence collective pour le bien commun.
Dans le cadre de l’évolution que nous envisageons, la taille de l’entreprise, tout comme son étendue sur le territoire hexagonal et ultramarin représentent des défis, bien évidemment. Cependant chez Franciliens.net, avec nos adhérentes et adhérents, notre communauté, nos sympathisants et sympathisantes, nous sommes conscients d’avoir ce qu’il faut pour mener à bien ce projet d’envergure : les talents, l’expérience, les compétences et le réseau professionnel (au-delà des câbles, donc 😉 ).
Vous êtes vous-mêmes un FAI. Si demain SFR disparaît dans le giron de Bouygues, Free et Orange, qu’est-ce que ça change pour vous, pour vos adhérents, et pour les FAI associatifs en général ?
Le marché des télécoms est un écosystème très fragile dans lequel derrière les plus grandes entreprises, les opérateurs connus de tous, plusieurs centaines d’opérateurs existent, répondant chacun à des besoins spécifiques. Laisser quelques géants privés organiser un oligopole amènera à des problèmes sur les différents marchés (internet et téléphonie fixe, mobile, particulier et entreprise…). Le marché des offres de gros activées, qui est le marché qui permet aux très petits opérateurs, dont les opérateurs associatifs, d’exister et d’atteindre le grand public, est un des marchés les plus problématiques. C’est un marché très fermé, où très peu d’acteurs proposent des offres, qu’ils peuvent refuser de vendre, n’étant pas soumis à régulation.
Réduire le nombre de ces géants, cela va perturber beaucoup de choses. D’une part, on devrait voir les prix pour le grand public repartir à la hausse, pour doucement revenir à ce qu’ils étaient avant l’arrivée d’un quatrième opérateur mobile (souvenez-vous de votre abonnement à 80 euros par mois pour deux heures) : c’est bien dans un marché régi par trois opérateurs qu’avait eu lieu l’entente sur les prix des opérateurs pendant les années 90 et 2000, et les sanctions édictées avaient été inférieures aux bénéfices supposés que cette entente avait permis aux parties. D’autre part, les opérateurs de taille intermédiaire auront un interlocuteur de moins, donc, des conditions de marché moins négociables, et des offres moins diverses. Donc, les offres que ces opérateurs intermédiaires seront capables de faire aux très petits opérateurs vont se dégrader. Or, ces différents marchés « entreprise » (c’est comme ça que le régulateur les décrit dans ses analyses de marché) sont très mal régulées. L’ARCEP a, par exemple, constaté l’absence d’une offre activée sur le réseau fibre pendant des années. Et s’en lamentait à grand bruit. Sans contraindre personne.
C’est certain, l’absorption d’un acteur majeur par les trois autres se traduira donc par des hausses de prix, par de plus grandes difficultés à trouver des contrats pour des acteurs tels que notre FAI citoyen, et par des conditions de marché qui vont globalement se dégrader. Mais le détail exact de la forme que prendra cette dégradation est difficile à prédire.
Nos contrats sont fragiles, on l’a vu par le passé. On se souvient par exemple du contrat de collecte ADSL que FDN avait signé avec Cegetel, absorbé par la suite par SFR. Il a été résilié, unilatéralement, sans préavis, en plein pendant les batailles politiques et juridiques contre HADOPI. On n’a jamais su si c’était une décision purement commerciale (trop petit contrat pour continuer de s’embarasser avec), ou s’il y avait un lien avec l’engagement, pro-HADOPI, du groupe Vivendi, actionnaire de Universal Music Group, auquel appartenait SFR à l’époque, face aux positions, hostiles à cette initiative législative, de FDN.
C’est tout le problème de confier des infrastructure essentielles à des acteurs financiers privés : ils n’ont aucune obligation de servir l’intérêt général, ils peuvent même se permettre de perdre de l’argent, si c’est ce qui fait plaisir à l’actionnaire. Et rappelons-nous que l’histoire à donné raison à FDN : la loi HADOPI 1 a été censurée par le Conseil Constitutionnel, tout comme la loi HADOPI 2, censurée par le Conseil Constitutionnel et le Conseil d’État avec le concours de Franciliens.net.
Vous interpellez Patrick Drahi sur sa « stature morale« . Mais votre offre a été publiée le jour même où l’exclusivité était censée expirer, et il l’a prolongée dans la foulée. Est-ce que vous attendez une réponse d’Altice ? Et si le rachat par le trio se conclut le 5 juin, quelle sera votre prochaine étape ?
Nous savons bien que notre offre risque de ne pas être examinée. En tous cas, pas sérieusement. Mais c’est là au fond qu’est le problème. Le réseau Internet est une infrastructure essentielle des sociétés modernes. Nous ne sommes pas les seuls à le dire, le Conseil Constitutionnel ne dit rien d’autre, dans sa décision 2009-580DC contre la première version d’HADOPI. Le Conseil, qui n’est pas spécialement un défenseur de l’auto-gestion, nous dit qu’Internet est, je cite « nécessaire dans une société démocratique », et il en conclut qu’on ne peut pas priver quelqu’un d’un accès au réseau autrement que par une décision de justice. Les opérateurs qui fabriquent cette infrastructure fondamentale ont un rôle à jouer dans la façon dont évoluent nos sociétés. Ils ont une utilité sociale, pour utiliser un autre vocabulaire.
Les réflexions des politiques ont commencé à identifier le besoin d’une prise de conscience à ce sujet, et ceci au-delà des clivages des partis. C’est par exemple le cas de la députée Célia Lavergne, qui dans le cadre d’une mission parlementaire flash identifiait en 2021 le besoin d’un service universel sur la fibre ; alors ministre, Cédric O avait repris à son compte cette hypothèse et il parlait, il y a cinq ans, de service universel de la fibre en 2025. Plus récemment, Boris Vallaud déclarait que le déploiement fibre aurait dû être, à son sens, pris en charge par l’état, alors qu’il appelle de ses voeux une démarchandisation. Les instruments de régulation existent et nous considérons qu’il faut que les propositions politiques s’emparent de cette question.
En effet le modèle américain nous montre bien que les « tech bros » milliardaires n’ont aucune éthique, et sont capables au premier revirement de soutenir les pires délires politiques et sociétaux. Ces gens sont dangereux. On ne peut pas leur confier une infrastructure essentielle à notre société.
Le modèle que nous proposons est différent, centré sur l’utilité sociale de l’opérateur, et sur un modèle de relation sociale qui place, à la fois, les salariés, et les internautes, au centre de la discussion. C’est un modèle de construction du réseau qui s’appuie sur l’utilité commune, en cherchant le bon niveau de rémunération pour que les salariés puissent vivre dignement de leur travail, pas pour assurer un taux de rentabilité à un actionnaire. En ce sens, notre offre est de loin la plus sérieuse, parce que c’est la seule qui cherche comment bâtir un monde plus intéressant, plutôt que de le détruire pour enrichir des gens qui ne produisent rien.
C’est aussi ce sens de l’utilité sociale qui nous amène à dire que nous exigeons d’apurer les montages financiers délirants. En effet, la pyramide de Ponzi utilisée par Patrick Drahi pour construire son empire des télécoms, bien que légale, est discutable. Des LBOs à répétition, qui font que c’est l’entreprise qui s’endette pour permettre à l’actionnaire d’acheter l’entreprise d’à côté, c’est quand même étrange. Cette dette est celle de l’actionnaire, qu’elle le reste. Ce n’est pas celle de l’entreprise. En tous cas, pas celle qui vient des LBO : la prendre en charge reviendrait à valider cette stratégie, Franciliens.net ne le fera pas et c’est pour nous une prise de position aussi bien économique que morale.
Notre offre est sur la table, et elle est sérieuse ; ce que nous ne trouvons pas sérieux serait un rachat multi-milliardaire d’une entreprise endettée par la stratégie financière de l’actionnaire. Dans cette optique, nous restons ouverts à toute prise de contact par les parties prenantes.
Toutefois, si notre position ne devait pas être prise en compte, en toute logique, la prochaine étape pourrait être de saisir les autorités compétentes pour faire appliquer la loi, par exemple l’article 9 du préambule de la Constitution de 1946 (repris en préambule de l’actuelle constitution). Il indique que « tout bien qui acquiert le caractère d’un service public national doit être la propriété de la collectivité ». C’est dans cet esprit que nous voulons que les grands opérateurs du réseau soient aux mains de leurs salariés et de leurs utilisateurs, une autre forme, plus actuelle, de la propriété collective. Mais ce texte, issu du Conseil National de la Résistance, et du gouvernement de la Libération, même s’il est toujours officiellement en vigueur, n’est plus appliqué depuis bien longtemps.
Liens
- Article de Clubic en mars 2023 sur les suppressions de postes chez Orance : https://www.clubic.com/telephone-portable/operateur-telephonie-mobile/orange/actualite-461652-meta-amazon-google-microsoft-apple-et-maintenant-des-centaines-de-licenciements-prevus-chez-orange.html
- Article de Libération le 15 mai : https://www.liberation.fr/economie/rachat-de-sfr-pour-les-salaries-on-sait-quil-y-aura-de-la-casse-20260515_WOR6UBENONGXROAF74FQI7TB2Q/
- Article de la Tribune le 13 mai : https://www.latribune.fr/article/tech/telecoms/40696101238336/on-ne-tiendra-pas-18-mois-de-plus-les-salaries-et-partenaires-de-sfr-a-l-epreuve-des-negociations
- Les ratés de la fibre, Interception sur France Inter : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/interception/interception-du-dimanche-10-septembre-2023-4299565
- Les propositions 2022-2027 de la FFT : https://www.fftelecoms.org/etudes-et-publications/les-propositions-2022-2027-des-operateurs-telecoms/
- Les conclusions de la mission flash guidée par Célia de Lavergne : https://next.ink/5265/carences-service-universel-cuivre-jappelle-orange-a-prendre-ses-responsabilites/
- Cedric O sur le service universel sur la fibre : https://www.publicsenat.fr/actualites/non-classe/cedric-o-d-ici-2025-on-veut-faire-en-sorte-que-la-fibre-soit-un-bien-vital-auquel
- Au sujet de l’entente sur les prix dans la téléphonie : https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-telephonie-mobile-entente-confirmee-sort-des-victimes-et-de-la-concurrence-non-regle-n11601/




