Franciliens.net fait une offre de rachat de SFR

Depuis plusieurs mois il est question de grands changements pour l’opérateur télécom SFR. Celui-ci est actuellement en phase de négociation exclusive avec ses concurrents Bouygues, Free et Orange, réunis pour l’occasion dans une organisée volonté commune de rachat chacun de morceaux choisis du quatrième opérateur. Cette phase de négociations exclusives prenant fin ce vendredi 15 mai, l’opérateur Franciliens.net souhaite se positionner et exposer un projet et une offre alternatifs.

L’année de création de la Société Française du Radiotéléphone, aujourd’hui universellement connue comme SFR, le paysage des télécommunications n’a certainement rien à voir avec celui de 2026, presque quarante ans plus tard : l’abandon du réseau cuivre, l’adoption de la fibre, la prépondérance des usages de téléphonie mobile, l’avènement de l’Internet et du Web.
Nous pourrions dire qu’il existe une différence tout autant importante avec le monde des télécoms des années 2000, lorsqu’Altice, le groupe de Patrick Drahi, commence son activité : permis par le dégroupage, l’essor d’opérateurs télécoms de l’époque sur le marché grand public donne lieu à un paysage foisonnant, et c’est justement à ça qu’Altice doit, au moins en partie, son parcours.
Les rachats d’entreprises plus ou moins connues ont été autant d’étapes dans l’ascension du groupe : Est Vidécommunication, Numéricable, Noos.
D’autre part, SFR aura absorbé le groupe Neuf Cégétel, qui venait lui-même de la fusion des deux entreprises éponymes.
De la même manière, alors que le marché de la téléphonie mobile avait connu de graves dysfonctionnements dans les années précédents, dans les années 2010 l’élargissement de ce marché à quatre opérateurs à participé à une réduction des prix très importante.

La variété du nombre d’acteurs qui peuplaient le marché des télécommunications dans le domaine des fournisseurs d’accès à Internet et qui aura participé de l’adoption large et rapide de l’usage d’internet par les Françaises et les Français a aujourd’hui disparu.
Depuis plusieurs années de nombreux acteurs dans plusieurs niches des télécommunications sont rachetés et intégrés à des groupes, verrouillant progressivement l’espace des télécommunications.
De la même manière, nous voyons aujourd’hui mis en danger l’équilibre de la téléphonie mobile à quatre opérateurs.

Ces constatations nous préoccupent, tout comme nous sommes concernés par le fait que, dans l’environnement socio-technologique actuel, les opérateurs de télécommunication constituent des Services d’Intérêt Économique Général et à ce titre leur évolution doit attirer le regard attentif et critique des acteurs de la société.
Sous la propriété de Patrick Drahi, SFR a, à notre avis, mésinterprété son rôle, délaissé les fonctions principales qui sont, d’après nous, celles d’un opérateur de télécommunications, pour s’aventurer dans des actions qui n’ont pas favorisé l’intérêt public ni l’intérêt général. À titre d’exemple nous évoquerons ici uniquement deux faits emblématiques tels que l’option payante pour les abonnés pour souscrire à une offre de presse (une option qui de notre souvenir était subtilement glissée dans le forfait des clients) qui permettait à SFR une réduction dans son taux de TVA, ou l’audition parlementaire de Patrick Drahi pendant laquelle il a affirmé que la neutralité du Net était « une énorme bêtise ».

De manière orthogonale, Franciliens.net, Fournisseur d’Accès à Internet créé en 2010, fait de l’intérêt public et de l’intérêt général un point cardinal de son action. Et le nombre de ses abonnés, modeste face aux autres acteurs évoqués, ne le limite pas, car dans les tribunaux il a obtenu des changements pour l’ensemble des Françaises et des Français. C’est le cas notamment par le biais de la stratégie contentieuse de notre structure, qui, indissociable de l’action de La Quadrature du Net (que nous remercions de manière très chaleureuse de son amitié et de son compagnonnage), aura permis de :

  • censurer des dispositions contraires au droit de la loi Hadopi, par décision du Conseil d’État (433539)
  • censurer des dispositions anticonstitutionnelles des obligations de conservation des données de connexion, dans le cadre d’une QPC (2021-976/977)
  • censurer des dispositions anticonstitutionnelles de la loi Hadopi dans le cadre d’une QPC (2020-841)
  • censurer des dispositions anticonstitutionnelles du code de la Sécurité Sociale, dans le cadre d’une QPC (2019-789)
  • censurer des dispositions anticonstitutionnelles du code des douanes, dans le cadre d’une QPC (2018-764)
  • participer au débat permettant de délibérer sur l’inconstitutionnalité de grande partie de la Loi Havia, par nos observations devant le Conseil Constitutionnel (2020-801 DC)

Tout semble opposer Franciliens.net, un Fournisseur d’Accès à Internet citoyen, au fonctionnement entièrement bénévole, avec le grand groupe qu’est SFR. Et en effet, nous avons même été opposés dans le cadre d’une procédure administrative, dans laquelle nous contestions la gestion du Réseau d’Initiative Publique du Loiret, dont SFR est délégataire (nous remercions très chaleureusement le Groupe FTTH qui nous a porté dans cette action) et dont les offres étaient à notre avis, contraires au droit.

Pour ces raisons, il serait aisé pour nous de regarder le discussions autour de la vente de SFR de manière distante, presque comme un spectacle, et de nombreux ingrédients d’une histoire à rebondissements sont là : l’aller-retour d’offres et refus ; le jeux pour faire monter la mise ; les montants impressionnants évoqués ; l’épisode, final peut-être, d’une rocambolesque histoire entrepreneuriale ; des partenaires de toujours qui passent au règlement de comptes et se déchirent pour se partager le butin.

Pour divertissants qu’ils soient, ces éléments passent à côté d’enjeux centraux et imprescindibles dans cette situation. Ces considérations ont poussé Franciliens.net à s’exposer pour prendre la parole et proposer une nouvelle approche de la situation et une issue différente alors que la fin de l’histoire semble écrite d’avance.

Le personnel de SFR doit être remis au centre des préoccupations et des discussions.
Les femmes et les hommes qui travaillent pour cet opérateur et toute la chaîne (excessivement longue dans bien de cas, nous considérons) de sous-traitants dont les lendemains se teintent d’inquiétude. Ils et elles, dans ce contexte difficile, restent fidèles à leurs engagements et garantissent la continuité de service. C’est à elles, c’est à eux que va notre soutien, pour les mois difficiles déjà vécus, pour les questions qui perdurent. C’est d’abord à elles et à eux que s’adresse notre message.

Un énième rachat représente pour ces personnes un bouleversement de plus, la perspective de devoir intégrer de nouvelles stratégies d’entreprises, avec les frictions que cela génère à chaque fois, mais surtout le risque, une fois les secteurs de SFR découpés et réintroduits dans l’organigramme de l’acheteur, de suppressions de postes. Dans les années à venir, les salariés de SFR, qui ont déjà vécu quinze années sous la direction de groupes qui incarnent, dans le paysage économique français, des méthodes de gestion particulièrement rugueuses, seront probablement mis sous pression pour parvenir à rentabiliser les nombreux milliards que cette opération devrait coûter aux acheteurs, et ce alors que plusieurs plans de départs ont été mis en œuvre depuis le rachat de SFR par Altice.

Franciliens.net affirme que Patrick Drahi laisse une empreinte sur SFR qui doit être prise en compte.
Il s’agit de la difficulté des travailleuses et des travailleurs de continuer de garantir le fonctionnement de l’opérateur dans une phase de confusion majeure.
Il s’agit également d’un opérateur dont l’image est à notre sens ternie par plusieurs années de mécompréhension de son rôle social et économique, par la mention de cette société dans de nombreux articles qui évoquaient des agissements et opérations douteuses.
Ces éléments ne peuvent pas être balayés d’un revers de la main et la dépréciation des actifs immatériels de l’entreprise SFR doit rentrer en compte dans le cadre d’une offre de rachat.

C’est pour ces raisons que Franciliens.net présente son offre pour racheter son concurrent, SFR, pour la somme qui nous semble correspondre à la valorisation honnête de l’entreprise aujourd’hui : le montant de 1,00€ (un euro).

Le point premier de notre projet est de mettre en œuvre des évolutions de la forme juridique de l’entreprise pour faire une place de premier plan dans les instances dirigeantes de l’opérateur à ses salariés, afin qu’ils et elles puissent devenir acteur des choix stratégiques.

En deuxième lieu, nous avons l’ambition de rendre à cette entreprise des repères clairs, pour placer son action sous le signe des engagements qu’impose à notre sens le rôle d’opérateur de télécommunication. Ces repères prennent racine dans la priorité donnée aux droits des utilisatrices et utilisateurs des services de télécommunication, aussi bien face aux lois et dispositions de droit qui les lèsent, aux mécanismes défaillants du marché des télécommunications, qu’à l’urgence absolue que représente l’état écologique de la planète.

Les coordonnées du futur de SFR s’inscrivent pour nous ainsi, certains d’offrir une perspective qui conjuguera les nombreux enjeux que pose le sort de cet opérateur.
Son rachat pour des milliards n’est pas un bon auspice pour son personnel tandis que sa résorption dans les trois autres opérateurs de téléphonie mobile n’est pas dans l’intérêt des consommateurs.

Pourtant les observateurs du monde économique sont prêts à croire à la vente de SFR au consortium Bouygues, Free et Orange pour des raisons uniquements pécuniaires, et nous sommes conscients que la somme que peuvent aligner ces trois entreprise n’a pas de commune mesure avec notre offre.
Nous affirmons que Patrick Drahi peut faire preuve d’un désintérêt pour la somme que cette vente pourrait lui rapporter. Nous affirmons qu’achever un opérateur presque quarante ans après sa création reviendrait pour Patrick Drahi à endosser à jamais dans l’histoire les habits du spéculateur sans scrupules et sans vision. Nous affirmons que si le succès de Patrick Drahi tel qu’évoqué par les journaux et les magazines est bien vrai, les montants de la vente de SFR ne lui sont pas nécessaires, et que la seule chose qui reste à conquérir pour un homme qui possède déjà une île dans les Caraïbes est la stature morale que l’acceptation de notre offre pourrait lui valoir.

Franciliens.net reste à l’écoute de la direction de SFR à l’adresse bureau@listes.franciliens.net

Liens

À la lectrice et au lecteur qui souhaiterait chercher une partie des sources factuelles qui fondent notre réflexion, nous offrons de se tourner vers ces articles :

  • https://next.ink/233932/rachat-de-sfr-orange-free-et-bouygues-telecom-entrent-en-negociations-exclusives/
  • https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/151025/sfr-patrick-drahi-fait-monter-les-encheres
  • https://www.liberation.fr/economie/altice-lex-associe-de-patrick-drahi-porte-plainte-au-penal-contre-lui-20260507_SA32QO5XK5C3VI5EKEM5RZ547I/
  • https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/07/04/les-incertitudes-sur-l-avenir-de-sfr-pesent-sur-le-climat-social-dans-les-telecoms_6618088_3234.html
  • https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/03/03/sfr-veut-se-separer-de-1-700-salaries_6071837_3234.html
  • https://next.ink/4663/pour-patrick-drahi-neutralite-net-est-enorme-betise/
  • https://www.lesnumeriques.com/vie-du-net/la-federation-francaise-des-telecoms-et-patrick-drahi-en-veulent-a-la-neutralite-du-net-n176143.html
  • https://www.numerama.com/tech/909509-la-combine-de-sfr-pour-ne-pas-payer-de-tva-sur-ses-forfaits-ne-plait-pas-au-fisc.html
  • https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/sfr-face-au-spectre-de-sa-dette-20220906
  • https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-lundi-27-novembre-2023-3088032
  • https://www.laquadrature.net/2020/05/26/loi-avia-nos-observations-devant-le-conseil-constitutionnel/